Ile-à-vache, la Victime de Matthew!

img-20161004-wa0080Chers ile-a-vachoix, vu le sexisme potache des météorologistes américains, le cyclone Matthew n’aurait dû faire aucune mort parce que le nom Matthew est masculin.  Pourtant selon toute vraisemblance, les cyclones du genre féminin sont les plus meurtriers. Ma question se résume comme suit: pourquoi les météologues ont affublé ce cyclone par le nom Matthew, un des disciples de Jésus?  Mais le résultat de Matthew est stupéfiant pour nous les ile-à-vachoix. L’alerte rouge a été décrétée sur tout le territoire parce que ce cyclone, de catégorie 5 avec des vents atteignant 145 miles à l’heure, a viré sur nous, et son centre nous a atteints de plein fouet. De gros coups de vents associés à des pluies intermittentes nous ont malhonnêtement terrassés. Voilà Madame Bernard inondée ! La mer a pris Cacoq en otage! Point-Est, Soulette, Nan Figuier, Cocoyer sont victimes de fortes pluies orageuses et de coups de vents violents. La capacité pluviométrique du cyclone Matthew nous met désespérément sur le qui-vive et aux abois. Pour parodier l’expression anglaise, our mother nature has hit us. La nature nous a infligé une mauvaise leçon. Voyez ce qu’est devenue notre ile-a-vache Chérie ! A l’approche de la tempête nous avons vivoté l’enfer d’une psychose de peur ; nous étions mentalement déconcertés ; et durant la tempête nous avons enduré l’imminence de la mort par les vents et les fortes pluies qui nous assaillaient. Ce moment d’attaque consistante de la nature nous fait déceler comment nous sommes enterrés dans l’oubli d’un Dieu Protecteur. La vulnérabilité de notre état nous a rendu incapables de résister à cette misérable tempête.

Cette couverture nuageuse (que nous avons visionné en photo) qui s’est abattu sur nous ne va pas obnubiler notre esprit de coopération et d’amour fraternel. Si pour le moment le ciel de l’Ile-a-vache est gris, mais le ciel des ile-a-vachoix, le ciel de notre espoir et de notre destinée doit être bleu. Au cœur de nos adversités, nous exhibons notre inébranlable résilience, notre esprit de groupe et de communauté. Nous sommes entrain de revivre l’une des caractéristiques de notre ile-a-vachoisité: l’entraide mutuelle.

Comment se fait-il qu’à presque la fin de la saison cyclonique nous sommes frappés ! Cette période s’étend de juillet à octobre, et sa fréquence est plus particulièrement active du 15 août au 15 octobre. Oui nous savons que notre ile-a-vache chérie est exposée au phénomène cyclonique, et plus particulièrement aux effets des vents dévastateurs et aux fortes précipitations. Nous sommes une ile, voilà sans doute pourquoi la menace liée à la marée de tempête et à la houle concerne notre ile-a-vache. Par ailleurs, la nature nous a frappés pour que nous appréhendions nos limitations individuelles, et les transcender. Nous sommes frappés pour que nous recouvrions notre humilité. Nous sommes frappés pour que nous majorions notre esprit de communauté au détriment de notre individualisme. Ensemble nous étions aux abois, et ensemble nous exhibons notre résilience pour transcender nos déboires et nos avatars.

Nous disons qu’après la pluie c’est le beau temps. Cette maxime est moitié vraie pour nous dans la contingence de notre situation. C’est le beau temps parce que Matthew nous a laissés (une américaine vient de me dire que selon les scientifiques, Matthew est entrain de faire un demi-tour pour nous revisiter, j’espère qu’elle s’est grossièrement trompée). Il n’a plus de peur d’une mort imminente. C’est le beau temps de voir les gens que nous aimons et côtoyer les amis qui nous sont chers. C’est le temps de nous unir en solidarité du fait que la mort nous a tous raflés. C’est le temps de cultiver l’humilité et vivre en plénitude notre dignité surnaturelle d’enfants de Dieu. Si Dieu est notre Père, donc nous sommes tous frères et sœurs. C’est le temps de communiquer avec nos familles qui sont ailleurs et aussi le temps de témoigner notre gratitude à Dieu parce qu’il nous a protégés pendant les moments d’épreuves. C’est aussi le temps de nous enorgueillir du fait que nous avons résisté les rafales de vent et nous sommes ici pour témoigner les vicissitudes de ce temps.  Matthew passe mais les cicatrices et les dégâts restent. Là où finit la joie de résister à Matthew commence notre résilience par rapport aux méfaits pérennes et aux conséquences dévastatrices du cyclone Matthew.

Les Ile-a-vachoix nous vivons aux dépends de la petite pêche. Maintenant nos pêcheurs sont confrontés à un ensemble de mauvaises contingences liées au passage du cyclone Matthew. Quand il n’y a plus de nace dans la mer, qui pis est, il n’y a plus d’argent pour en acheter, c’est le règne du désespoir dans les cœurs de plus d’un. Ce cyclone passe et nos poissons en sont victimes. Les grosses vagues de mer qui nous ont harassés ne vont pas apporter de gros poisons comme une aubaine de la nature.  Les marins ne vont pas pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles. Et Voilà comment nous allons être exposés à la misère la plus infernale.

Au niveau des plantations ou de l’agriculture, nous sommes en présence du tabula rasa et du vide. Nos manguiers sont déracinés, nos bananiers n’y sont plus. L’espoir de nos cultivateurs est incinéré par le passage odieux de Mathieu.

Nous ne savons pas encore si nous avons des préjudices humains mais nous savons que nous ne disposons pas de moyens de prévention et de protection. Heureusement il n’y a pas eu de noyade à Madame Bernard causée par la montée de la mer. Mais la noyade est pluridimensionnelle ; nos sourires, notre joie et notre optimisme sont noyés dans les perturbations provisoires du cyclone.  Si le vent n’a pas causé de décès suite à la projection des gens ou des objets, notre vie socio-économique est basculée dans la pénombre de la précarité et instabilité. Mais avant tout, nous avons eu la chance de survivre, chers ile-à-vachoix !

En considérant les dommages matériels causés par ce cyclone Matthew à l’Il-à-vache, nous pouvons discourir que nous sommes quasiment ruinés. Nos activités sont perturbées, notre économie est foncièrement touchée par la destruction des plantations. Il s’ensuit une interruption prolongée de notre vie économique.

Qu’allons-nous faire les ile-a-vachoix vivant en dehors du pays?  Face à cette situation, nous ne pouvons pas rester les bras croisés. Notre appel est dirigé vers toi, et nous devons répondre à travers une cohésion générale pour soulager la misère des gens de la classe défavorisée. Nombreux sont les gens qui utilisent le marronnage sur les réseaux sociaux du fait qu’ils ne peuvent pas répondre positivement aux pluies de demandes provenant de nos compatriotes. Maintenant il faut cultiver la vérité et mettre une certaine cohérence entre nos paroles et nos actions. La demande est grande et nous ne sommes pas en mesure de résoudre le problème de tout le monde. Nous devons lutter pour payer les bills en Amérique du Nord ; envoyer quelque chose à nos proches en Haïti n’est pas trop facile, voire envoyer quelque chose pour notre mère Ile-à-vache ! Pourtant c’est l’unique option qui pourrait nous distinguer des animaux: aider nos prochains. Si vous avez de bonnes idées sur comment aider, faites-nous savoir. Le besoin est urgent et c’est maintenant.

Nous, dans l’Association Ile-a-vachoise pour le Développement d’Haïti, (AIDHAI) réunissons en faisceaux pour envoyer le peu que nous avons, pas aux membres de notre famille, mais à l’Ile-a-vache que nous aimons jalousement. Notre mère ile-à-vache est comme un chien crevé au profil de l’eau ; notre intervention sera salutaire et bénéfique pour notre terre natale. Nous allons développer les stratégies pour voir comment notre aide pourrait atteindre les gens les plus nécessiteux.  Le moment est venu pour ouvrir nos portefeuilles à l’ile-a-vache. Aimons notre mère Ile-a-vache avec des fleurs et avec notre argent.

Jean Ocelin Civil

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *